Cannabis et alcool au volant : les observations de terrain ne donnent pas un seuil individuel de THC

Les concentrations de THC dans le sang ne permettent pas, à elles seules, de traduire précisément l’état fonctionnel d’une personne au volant. Une analyse de dossiers d’enquête sur la conduite avec facultés affaiblies en Ontario apporte des observations de terrain sur le THC seul et son association à l’alcool.
Des dossiers d’enquête médico-légale, 2021–2023
Sabrina Amundarain, Zachary Currie et Karen Woodall ont étudié rétrospectivement des dossiers du Centre of Forensic Sciences de l’Ontario pour lesquels le THC seul ou le THC avec alcool était détecté parmi les substances recherchées. Pour les cas THC seul, les concentrations sanguines allaient de 1,1 à 72 ng/mL, avec une moyenne de 12 et une médiane de 9,5 ng/mL. Dans les cas où THC et alcool étaient associés, la concentration moyenne de THC était de 13 ng/mL et l’alcoolémie moyenne de 145 mg/100 mL.
Les observations les plus fréquentes consignées par les enquêteurs et experts en reconnaissance de drogues comprenaient des collisions, une conduite erratique, des tremblements des paupières, des troubles de l’équilibre ou de la coordination et des yeux injectés de sang. Les observations d’altération étaient plus fréquentes lorsque THC et alcool étaient tous deux détectés.
Ce que ces dossiers ne permettent pas d’établir
Il s’agit de dossiers rétrospectifs sélectionnés parmi des enquêtes pour conduite avec facultés affaiblies, et non d’un échantillon représentatif de tous les conducteurs consommateurs. Les observations décrivent des associations dans ces dossiers ; elles ne permettent pas d’isoler l’effet causal de chaque substance, ni de convertir une concentration donnée de THC en degré individuel d’altération.
La dispersion des concentrations de THC dans les cas THC seul rappelle qu’une valeur sanguine ne suffit pas à décrire le comportement observé. L’interprétation doit tenir compte de la chronologie, de l’alcool associé, des signes consignés et du contexte de l’enquête.
Application psychotechnique et en stage
Pour analyser une situation, confronter produit, quantité rapportée, chronologie, alcool associé, comportement observé, contexte et habitudes de consommation. Éviter les raccourcis « test positif = niveau d’altération connu » ou « faible concentration = faible risque ».
En stage, traiter la polyconsommation comme une situation spécifique, et pas seulement comme l’addition de deux chapitres. Demander ce qui change dans la décision de conduire lorsqu’alcool et cannabis sont associés, quelles alternatives étaient disponibles et comment elles pourraient être décidées à l’avance.
Référence
Amundarain, S., Currie, Z. & Woodall, K. (2026). Three-year review of tetrahydrocannabinol and alcohol blood concentrations and effects in impaired driving investigations in Ontario, Canada. Journal of Analytical Toxicology, 50(8). DOI : https://doi.org/10.1093/jat/bkag075. Notice PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42664071/
Commentaires