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Cannabis au volant : le délai avant de conduire ne reflète pas toujours l’intoxication ressentie

Photo du rédacteur: François Marin
François Marin
il y a 18 heures
2 min de lecture

Pour comprendre la conduite après cannabis, demander si une personne « attend avant de conduire » ne suffit pas toujours. Une étude publiée dans le Journal of Studies on Alcohol and Drugs a comparé, chez les mêmes participants, un épisode récent et l’épisode de conduite après cannabis qu’ils jugeaient le plus intense.

Des épisodes rapportés par 149 jeunes adultes

Les participants avaient entre 18 et 29 ans et déclaraient au moins trois épisodes de conduite après consommation de cannabis au cours des trois derniers mois. Les données, recueillies rétrospectivement, portent sur la quantité et le mode de consommation, le délai avant de conduire, l’intoxication ressentie, la distance parcourue, la co-consommation d’alcool et la présence de passagers.

Plus de 60 % rapportaient avoir consommé du cannabis pendant qu’ils conduisaient et plus d’un tiers avoir conduit après consommation simultanée de cannabis et d’alcool. Des passagers étaient présents dans 46 % des épisodes les plus récents et dans 35 % des épisodes les plus intenses. L’intoxication subjective était plus élevée dans l’épisode le plus intense que dans l’épisode récent (6,96 contre 4,71 sur l’échelle de l’étude), alors que le délai déclaré avant la conduite et la distance parcourue ne différaient pas significativement.

Ce que la comparaison ne permet pas de conclure

L’échantillon est petit et sélectionné : tous les participants avaient déjà conduit après consommation à plusieurs reprises. Les épisodes sont reconstruits de mémoire et l’intoxication est une appréciation subjective. L’absence de différence statistiquement significative dans le délai moyen ne prouve pas que chaque personne appliquait une règle fixe, ni que le délai est sans effet.

Application psychotechnique

L’entretien peut examiner si le délai avant de reprendre la route varie en fonction de la quantité, du mode de consommation, de l’intoxication ressentie, de l’alcool associé et du contexte social. Une règle personnelle telle que « j’attends toujours une heure, puis je peux conduire » mérite d’être explorée avec prudence : la confiance dans une règle ne garantit pas qu’elle reflète l’altération réelle.

Une grille d’exploration peut suivre : produit → quantité → contexte → intoxication ressentie → délai choisi → décision de conduire → présence de passagers → alcool associé. Le but est de faire apparaître les décisions prises et les alternatives prévues, sans extrapoler un seuil de sécurité à partir de cette petite étude.

Point transversal pour les comptes rendus

Une même infraction peut résulter d’une acceptation consciente du risque, d’une mauvaise évaluation de la situation ou d’un lapsus attentionnel. Les études sur la distraction, le DBQ et la conduite après cannabis invitent à rechercher le mécanisme à partir des circonstances, plutôt qu’à inférer automatiquement un trait psychologique stable. Attribuer un mécanisme sans éléments suffisants peut conduire à proposer un levier de prévention inadapté.

Référence

Teeters, J. B., Traxler, S. M. & Harris, F. (2026). Retrospective Event-Level Patterns of Cannabis-Impaired Driving. Journal of Studies on Alcohol and Drugs, 87(5), 970–975. DOI : https://doi.org/10.15288/jsad.25-00378. Notice PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41805553/

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